De la problématique de la question du recrutement de 3000 docteurs en Côte d’Ivoire

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S’il est des moments où l’on peut se réjouir de disposer d’un capital humain de haut niveau, cette ère de 3000 Docteurs à recruter en est bien un, qui fait la fierté du Grand Collège des Enseignants du Supérieur. Du Ministère de tutelle et de l’Etat aussi.

S’il est un temps de regret pour une mère poule de voir errer ses poussins, impuissante parce que sans ressources, cette ère de ” 3000 Docteurs- non – encore- recrutés “, en est bien un qui nous interpelle tous.

Dans un tel contexte, la sagesse africaine enseigne que la patte de la poule ne tue pas le poussin.

Dans un tel contexte, faut- il reprocher à l’Etat de n’avoir pas planifié les sorties (les fins des études doctorales)? Faut-il se féliciter d’être titulaire d’un Doctorat pour s’enorgueillir, et fièrement, se lancer à la conquête d’une vie nouvelle en se prédisposant à se soumettre à une formation en andragogie ou à une formation complémentaire ” sur mesure ” dans une dynamique de mobilité professionnelle ?

Cette “Ere des 3000 Docteurs- non- encore- recrutés” nous interpelle tous, qui nous invite à répondre à quelques questions préalables:

  1. Y a t- il vraiment trois mille Docteurs en chômage ?
  2. Sont- ce tous des Docteurs issus de nos universités depuis seulement la dernière année universitaire pour que ce problème se pose maintenant et en ces termes ?
  3. Quels sont les domaines de compétence de ces Docteurs ?
  4. Le Doctorat relève-t-il du domaine de l’érudition ou, à l’instar du cycle ingénieur, du domaine de compétences professionnelles ?

Peu importe ! Les jeunes filles et les jeunes gens sont là : que faut-il faire d’eux ,de ce qu’ils savent et de ce qu’ils peuvent mettre au service de la Nation ivoirienne ?

Premièrement : il peut être retenu qu’être titulaire d’un Doctorat, c’est être spécialiste d’une science ou d’un aspect d’une discipline.

Deuxièmement : être titulaire d’un Doctorat ‘est une compétence différente de la didactique de la discipline qui, elle, prépare au métier d’enseignant, même si nombre d’enseignants de l’enseignement supérieur ne se soumettent pas toujours, préalablement, aux exigences de la pédagogie universitaire (la didactique des Cours Magistraux, la didactique de la méthodologie de la recherche, la didactique des Travaux dirigés…)

Troisièmement : le souhait des Docteurs- non- encore- recrutés, pourrait être formulé par tous les diplômés .D’ où viendrait alors l’idée que l’on eût pu déshabiller Saint Paul pour habiller Saint Pierre?

S’impose une nécessaire sortie de crise et celle-ci pourrait consister, entre autres, dans trois hypothèses.

Hypothèse 1: tous les 3000 sont recrutés pour enseigner dans les Universités publiques de Côte d’Ivoire et un décret le garantit : tous les Docteurs sont alors satisfaits. Que pourrait- il en être des autres diplômés qui attendent de passer des Examens et Concours d’accès aux métiers de la fonction publique?

Hypothèse 2 : la moitié des postulants est recrutée sans aucune évaluation complémentaire préalable ; dans un tel cas, il pourrait y avoir injustice.

Hypothèse 3 : une liste est établie, qui prendrait en compte les besoins de l’Etat et la nécessité pour les Docteurs en attente d’emplois, de s’inscrire sur une liste de compétences nouvelles (enseignement, environnement, hygiène, santé et sécurité, industries touristiques et hôtelières, transformation agro-alimentaire, mine et énergie, infrastructures et réseaux routiers, pêche et élevage…). Pour être complète, cette dernière hypothèse pourrait, donner lieu à un Plan de renforcement des capacités piloté par une institution académique en alternance avec des organisations professionnelles durant une période de trois à six mois au cours de laquelle des prises en charge ou des bourses de pré- emploi seraient attribuées en vue d’un complément de formation, de perfectionnement ou d’une mobilité professionnelle.

Quant à un éventuel décret visant à un recrutement pour tous, seules des négociations qui, malheureusement peuvent durer encore des mois voire des années, devraient être l’unique clef puisque soumises, et encore faut-il que cela se fasse dans une dynamique de non- violence, à la discrétion de SEM le Président de la République.

Puissent les concertations en cours abréger les douleurs des parents qui regardent impuissants leurs enfants, celles des Enseignants- chercheurs qui s’interrogent sur la pertinence de leurs pratiques pédagogiques et des “Docteurs- non- encore- recrutés ” sur leur avenir et la puissance de leurs institutions académiques. Et si tout cela revenait à une question : qu’en est-il de la planification et de l’adéquation entre la formation et les besoins réels indispensables à une amélioration continue des performances de nos États en Afrique au XXIème siècle ?

Urbain Amoa

Président de l’Université Charles-Louis

de…Montesquieu Ancien Directeur de la

Planification et de l’Evaluation (MESRS)

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